Personal tools
Log in
Personal tools
Log in
Recently visited
Article belongs to

West Africa

Valorisation de la diversité culturale
Published by
Logo: IED Afrique
You are here: Home Magazines West Africa Valorisation de la diversité culturale Le fonio : petite graine, gros potentiel

Le fonio : petite graine, gros potentiel

Written by Jean-Francois Cruz

Culture céréalière traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest, le fonio (Digitaria exilis) est prisé en raison de son adaptation aux conditions locales, de sa valeur nutritive et de ses propriétés culinaires. Mais la transformation manuelle du fonio est une tâche à la fois difficile et prenante à cause de la toute petite taille de ses graines. C’est ainsi que le fonio est rarement présent sur les marchés. Afin de mettre le produit à la portée des consommateurs et de motiver les agriculteurs à le produire, le CIRAD a initié un projet, en collaboration avec des partenaires locaux, en vue de concevoir de meilleurs équipements pour le nettoiement et la transformation mécanisés du fonio.

AGRIDAPE | August 2004 | Volume 20 no. 1

Photo très grossie de fonio paddy d’1 mm de long- (photo: J.F. Cruz/Cirad)
Photo très grossie de fonio paddy d’1 mm de long- (photo: J.F. Cruz/Cirad)
Le fonio (Digitaria exilis) est certainement la plus ancienne céréale cultivée en Afrique de l’Ouest. Ses grains minuscules, de moins de 1 millimètre, sont très difficiles à décortiquer. Cette difficulté de transformation a longtemps réduit le fonio à l’état de céréale marginale.

Des recherches visent actuellement à mécaniser plusieurs étapes de sa transformation pour mieux le valoriser sur les marchés urbains, où il est particulièrement apprécié.

Une céréale séculaire d’Afrique de l’Ouest

Parmi les céréales traditionnelles, le fonio est considéré comme la plus ancienne d'Afrique occidentale. C’est une graminée du genre Digitaria. Les Digitaria qui regroupent plus de 300 espèces sont parfois cultivées comme plantes fourragères mais seulement 3 à 4 espèces sont cultivées comme céréales. En Afrique occidentale seul le fonio blanc (Digitaria exilis) également appelé fonio, fundi, findi, acha ou « hungry rice » ; revêt une certaine importance mais on trouve également, notamment au Nigeria, le fonio noir (Digitaria iburua). En Guinée, on cultive parfois le «fonio à grosses graines» (Brachiaria deflexa) mais il s’agit alors d’une espèce différente.

D'après certains auteurs, la primodomesti- cation du fonio daterait de 5 000 ans avant Jésus Christ et les premières références au fonio comme aliment sont rapportées dès le XIVe siècle. Dans la cosmogonie de certaines populations ancestrales du Mali comme les Dogons, la graine de fonio, appelée po est considérée comme « le germe du monde ». L’aire de culture du fonio s’étend du Sénégal au lac Tchad, mais c’est surtout en Guinée, dans les régions montagneuses du Fouta Djalon, qu’il constitue l’une des bases de l’alimentation des populations.

On le rencontre également au Mali, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Sénégal.... Plus à l'Est, sa culture est remplacée par celle de l'Eleusine coracana. La culture du fonio est faite annuellement sur plus de 380 000 hectares et la production actuelle qui est voisine de 250 000 tonnes assure l’alimentation de plusieurs millions d’êtres humains durant les mois les plus difficiles du point de vue des ressources alimentaires. L'évolution de la production sur les dernières décennies montre une forte diminution au cours des décennies 60 et 70 puis une reprise régulière de la production à partir de 1980. Les rendements moyens restant relativement faibles mais constants (600 à 700 kg/ha), cette reprise de la production est due à l'extension des surfaces cultivées.

Une céréale rustique

Le fonio est généralement cultivé sur des terres légères, sableuses ou caillouteuses car il est peu exigeant et s’accommode de sols pauvres ou des mauvais terrains notamment pour les variétés tardives. Cette petite plante herbacée de 30 à 80 cm de hauteur est très rustique et résiste bien à la sécheresse et aux fortes pluies. Selon les variétés, le cycle cultural varie de 70 à 150 jours et celles à cycle très court (70 à 85 jours) permettent des récoltes précoces assurant ainsi la soudure jusqu’à la récolte d’autres productions.

La culture du fonio est encore aujourd’hui essentiellement manuelle. Aux premières pluies, le semis est fait « à la volée » sur un sol superficiellement ameubli. Certains produc- teurs pratiquent un semis relativement dense (de 30 à 50 kg à l’ha) pour diminuer la pression des adventices à la levée. Les graines sont enfouies à faible profondeur par un hersage ou un recouvrement à la « daba ». La germination est rapide et l’entretien de la culture se limite à un ou deux sarclages.

65298_211_1_2.jpg
Producteur de fonio en Guinée. (photo : J.F. Cruz/Cirad)

De bonnes qualités nutritionnelles

Le fonio, qui a longtemps été considéré comme une céréale mineure, la « céréale du pauvre », connaît aujourd’hui un regain d’intérêt en zone urbaine en raison des qualités gustatives et nutritionnelles que lui reconnaissent les consommateurs.

La composition du fonio est globalement voisine de celle des autres céréales. Il est légèrement moins riche en protéines mais il est réputé pour ses fortes teneurs en acides aminés essentiels comme la méthionine et la cystine.

Le fonio est habituellement consommé sous forme de couscous ou de bouillies mais de nombreuses autres préparations culinaires sont possibles (salades, gâteaux, beignets,.). Le fonio est une denrée très appréciée au plan culinaire et diététique. Réputée comme la céréale la plus savoureuse, sa finesse et ses qualités gustatives en font un met de choix toujours servi lors de fêtes ou de cérémonies importantes. Un proverbe populaire dit «le fonio ne fait jamais honte à la cuisinière».Très digeste, il est traditionnellement recommandé pour l’alimentation des enfants, des personnes âgées et pour les personnes souffrant de diabète ou d’ulcère. En pharmacopée locale, il est également utilisé dans les régimes amaigrissants pour traiter les cas d’obésité.

Une transformation artisanale longue et fastidieuse

Le fonio est une céréale dite « vêtue » dont le grain après battage reste entouré de glumes et de glumelles Ce produit est appelé « fonio paddy » ou « fonio brut ». Comme pour le riz, la transformation du fonio paddy en fonio blanchi nécessite alors deux opérations succes- sives : d'une part le décorticage qui permet d'enlever les balles du grain vêtu pour obtenir le grain décortiqué et d'autre part le blanchiment qui a pour objet d'éliminer le son (péricarpe et germe) pour obtenir le grain blanchi.

Le fonio est bien plus petit que les autres céréales habituellement cultivées. Dans 1 g de fonio, il y a près de 2000 grains. Le grain de fonio a une forme ovoïde dont la longueur n’est que de 1 à 1,5 mm. Cette très petite taille du grain rend les opérations de transformation longues et pénibles pour les femmes. En effet, le décorticage et le blanchiment manuels du fonio nécessitent 4 à 5 pilages successifs au pilon et au mortier, séparés par autant de vannages manuels. La productivité d’un tel travail est faible puisqu’il faut près d’une heure pour décortiquer 1 à 2 kg de fonio paddy. De plus, pour obtenir un produit de qualité, il est indispensable d’éliminer les matières étrangères, comme le sable et les poussières, en lavant plusieurs fois le produit, ce qui rend la préparation longue et fastidieuse.

Pour répondre aux besoins des ménagères en zone urbaine, de petites entreprises( fabriques artisanales, groupements féminins...) proposent aujourd’hui sur le marché du fonio déjà transformé. Au Mali, au Burkina, en Guinée ou au Sénégal, des transformateurs privés commercialisent du fonio précuit conditionnés en sachets de plastique de 500 grammes et 1 kilogramme. Ces produits sont distribués dans les épiceries de quartier ou les supermarchés des grandes villes et même exportésenEuropeouauxEtats-Unis.Leprixdu fonio ainsi préparé reste cependant élevé du fait de la faible productivité des opérations de transformation, ce qui freine fortement le développement du produit.

La mécanisation de l’usinage (décorticage et blanchiment) est donc essentielle pour faciliter les opérations de transformation, réduire la pénibilité du travail des femmes et améliorer la qualité du produit commercialisé.

La mécanisation des opérations post-récolte

Pour rendre le fonio plus compétitif sur le marché en termes de qualité et de prix, il est indispensable d’améliorer les techniques de transformation au niveau des petites entreprises et des groupements de femmes en modernisant les équipements existants et en concevant de nouveaux matériels. C’est pour répondre à ces préoccupations qu’un projet d’amélioration des technologies post-récolte du fonio (1999-2004) a été financé par le CFC (Common Fund for Commodities). Placé sous l’égide de la FAO, ce projet régional associe les instituts de recherche nationaux du Mali (IER, Institut d’économie rurale), de la Guinée (IRAG, Institut de recherche agronomique de Guinée), du Burkina (IRSAT, Institut de recherche en sciences appliquées et technologie) et le CIRAD qui en est l’agence d’exécution.

Les rares équipements existants avant le projet ne satisfaisaient pas pleinement les produc- teurs et les transformateurs. Il a donc été nécessaire d’adapter certains matériels, voire d’en concevoir de nouveaux pour mécaniser la plupart des opérations post-récolte: battage, décorticage, nettoyage.... Les études techniques ont abouti à l’adaptation d’une batteuse et à la mise au point d’un décortiqueur blanchisseur «GMBF», de type «engelberg » d’une capacité moyenne de 100 kg/h et de plusieurs équipements de nettoyage : canal de vannage, cribles rotatifs...

Certains de ces équipements ont été installés en zone rurale et en zone urbaine dans des petites entreprises, à Bamako (Mali), à Bobo Dioulasso (Burkina Faso) et à Labé (Guinée). Ils ont déjà permis de transformer plusieurs dizaines de tonnes de fonio et les résultats obtenus en termes de débit, de rendement et de qualité des produits transformés ont été jugés très satisfaisants par les opérateurs locaux. Les analyses de la qualité culinaire du fonio décortiqué et blanchi avec le décorti- queur GMBF ont été particulièrement satisfai- santes : ses caractéristiques sont souvent meilleures que celles du fonio blanchi traditionnellement, le grain est bien dégermé, il gonfle bien et sa consistance est moelleuse.

La formation des opérateurs

Mais le projet ne serait pas complet sans la formation et l’information des opérateurs (constructeurs,transformateurs, groupe- ments, producteurs) et l’appui aux construc- teurs locaux afin que les matériels mis au point soient fabriqués sur place. Ces actions en cours doivent permettre de développer la mécani- sation de la transformation du fonio et ainsi participer au renouveau de cette céréale longtemps négligée.

Jean-françois CRUZ

CIRAD-CA (TA 70/16) 73, avenue J.F. Breton 34398 Montpellier Cedex 5 - France
Email: jean-francois.cruz@cirad.fr

Document Actions
  • Print this Print this