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- Avons-nous besoin de nouvelles idées ou devrionsnous plutôt explorer les solutions déjà en cours? Photo: TREES
Par ailleurs, beaucoup de personnes redoutaient qu’une insistance sur une «économie verte» ne se traduise par une minimisation des multiples dimensions du développement durable. Les doutes exprimés par les nombreux «Rio pessimistes» ont été compensés par les prises de position des «Rio optimistes» qui, à l’instar de Ban Kimoon, Secrétaire général de l’ONU, y voient plutôt une «opportunité unique pour notre génération».
L’ébauche zéro du document final a été présentée en janvier 2012, provoquant encore une fois une réaction. Nombre de personnes ont exprimé leur déception en raison du caractère général du document, de l’absence d’engagements en faveur d’un changement radical et de l’omission de plusieurs questions majeures, dont, entre autres, une référence à l’agroécologie comme alternative viable à l’agriculture conventionnelle. Les organisations de petits exploitants agricoles ont été heureuses de voir une proposition demandant le retrait des subventions nuisibles à l’agriculture conventionnelle, mais ont tout de même critiqué le texte pour avoir évité une discussion sérieuse autour des grands problèmes que connaissent de nos jours les systèmes agricoles.
Jusqu’au bout, les organisations de la société civile se sont activement impliquées dans le processus de préparation en direction de la conférence. Toutefois, à mesure qu’il se confirmait que le document final de la conférence ne risquait pas de donner des engagements sérieux, beaucoup d’organisations ont commencé à se retirer du processus officiel pour accorder davantage d’attention à d’autres voies permettant de faire avancer leurs idées. Progressivement, beaucoup d’acteurs se sont rendus compte qu’il serait éventuellement possible de réaliser davantage en participant aux processus extérieurs aux négociations officielles.
C’est ainsi qu’ils se sont concentrés moins sur la conférence officielle que sur les manifestations «off» organisées parallèlement, mettant en place des coalitions avec d’autres organisations et s’assurant de ce fait que toutes les discussions allaient se poursuivre après la conférence. Tout particulièrement, beaucoup d’organisations placent beaucoup d’espoir dans le processus de définition des Objectifs de Développement durable susceptibles de remplacer les Objectifs du Millénaire pour le Développement en 2015.
Est-ce vraiment vert (écologique)?
A la veille de la conférence, l’on conteste encore la signification d’une «économie verte». Pour le PNUE, une économie est verte (écologique) lorsque l’on est en face d’un système d’activités économiques liées à la production, la distribution et la consommation de biens et services qui se traduisent par une amélioration du bien-être des humains à long terme, tout en évitant d’exposer les générations futures à des pénuries écologiques et risques environnementaux significatifs.
Cette définition se prête cependant à nombre d’interprétations. Gouvernements nationaux et agences de l’ONU ont tendance à appuyer des changements modestes à l’intérieur des systèmes économiques existants, mettant l’accent sur des politiques et solutions technologiques qui rendraient la «croissance durable» possible. Beaucoup d’organisations de la société civile en appellent à des mesures plus radicales et insistent sur la nécessité d’une transformation de l’ensemble du système économique.
Elles plaident pour un «changement de paradigme» radical et en faveur de nouveaux modèles économiques qui placent au centre des préoccupations les dimensions sociales et environnementales. La question cependant est de savoir s’il nous faut de nouvelles idées ou plutôt un regard neuf sur les solutions déjà en place, lesquelles reconnaissent le potentiel des systèmes alternatifs qui ont été développés le long des années.
La lutte à propos de l’avenir de l’agriculture illustre à merveille ce débat. Tout le monde s’accorde pour dire que la production agricole doit être plus durable et que les petits exploitants, en particulier les femmes des zones rurales, doivent être reconnus et mieux considérés. Cependant, on note une forte polarisation des opinions portant sur les moyens de réaliser une production durable.
L’un des modèles propose une «intensification durable» et se fonde sur le développement et la dissémination de technologies à base bio telles que les semences modifiées et la mécanisation de l’exploitation. Les partisans de ce modèle ne trouvent pas nécessaire de procéder à une profonde transformation du système d’agriculture «conventionnelle», ne prônant qu’une simple amélioration.
L’autre modèle appelle à une transition de l’agriculture conventionnelle, à base d’intrants, à des pratiques agricoles fondées sur des approches agroécologiques. Il faudra alors un changement au niveau des modes actuels de penser la production alimentaire, laquelle est aujourd’hui axée sur un système alimentaire mondialisé et des pratiques culturales à grande échelle basées sur les intrants. Au lieu de nous investir en temps et en énergie dans «l’amélioration» des systèmes culturaux conventionnels, nous devrions étudier les possibilités d’un modèle alternatif, en envisageant une approche holistique à la gestion de l’exploitation.
Et puis, est-ce vraiment nouveau?
Nombre d’organisations de la société civile plaident en faveur d’une mise à l’échelle des approches agroécologiques et, se référant au rapport de l’IAASTD (Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles pour le développement), soutiennent que ce serait là une solution aux problèmes du monde. Le message principal du manifeste de «Time to Act» (Il est temps d’agir), signé par des organisations de la société civile du monde entier, est que l’agriculture basée sur l’agro-écologie peut produire assez pour nourrir la population humaine croissante et participer à la création de systèmes sociaux plus justes et plus équitables.
Tout ceci pourrait sonner comme une surprise ou une «nouvelle» pour beaucoup. Cependant, cela fait plus de 27 ans que les organisations membres du réseau AgriCultures recueillent et partagent les témoignages justifiant ces revendications. Nos publications présentent régulièrement des études de cas montrant que l’agroécologie et l’agriculture durable sont au coeur du développement. Les avantages de l’agroécologie sont nombreux : une gestion holistique se traduit par des systèmes agricoles équilibrés dont les rendements sont suffisants, tout en prenant soin de l’environnement.
Les systèmes agroécologiques sont moins polluants et plus riches du point de vue de la biodiversité. Ils maintiennent les services de l’écosystème et préservent les ressources locales. Par ailleurs, ils peuvent participer à la réduction de la pauvreté. La grande majorité des paysans du monde, ces petits exploitants victimes des politiques tournées vers l’agriculture conventionnelle, profitent le plus de l’agroécologie. La quantité impressionnante de preuves est la principale raison pour laquelle, au cours des années, notre position reste invariable : un système de production alimentaire sain est la base du développement durable.
Dans ce numéro de nos magazines, nous souhaitons étudier les liens qui existent entre les pratiques agricoles et la sécurité alimentaire, le changement climatique, l’énergie et la pauvreté. Il s’agit là des quatre thématiques que l’ébauche zéro du document final a identifiées comme domaines prioritaires. Nous tentons de dépeindre les avantages d’un système agricole alternatif à partir de ces quatre perspectives, en nous inspirant de cette quantité impressionnante de témoignages rassemblés pendant plus d’un quart de siècle. Les articles du présent numéro montre la nécessité d’une mise à l’échelle des approches alternatives. Cette idée n’est pas nouvelle. Il est temps de la matérialiser!
Marta Dabrowska
Marta Dabrowska est une spécialiste en développement et en innovation rurale. Elle a coordonné le processus de préparation de Rio+20 pour ILEIA et le réseau AgriCultures.
E-mail : m.i.dabrowska@gmail.com

